Retourner à la liste

Tendinopathie ou dysfonction du tendon tibial postérieur ? Une pathologie pas comme les autres (Partie 1/2)

Avez-vous déjà entendu parler du pied plat acquis chez l’adulte ? Il s’agit en fait d’une conséquence observable du stade II de la dysfonction du tendon tibial postérieur. Ce sera probablement l'un des seuls textes publiés par La Clinique Du Coureur qui mentionnera que d’avoir un pied plat est problématique ! En réalité, ce n’est pas vraiment le fait d’avoir un pied plat qui est problématique, mais plutôt la raison pour laquelle il apparaît qui est problématique ! Vous devez absolument lire ce texte pour deux principales raisons : 

 

  1. Il s’agit d’une des pathologies les plus souvent mal diagnostiquée par les différents professionnels de la santé.
  2. Une mauvaise prise en charge des stades initiaux de cette pathologie peut mener à de l’arthrose précoce au niveau du pied et de la cheville.

 

Le tendon tibial postérieur est le seul tendon du corps humain (à ma connaissance) qui a la capacité de s’allonger de façon permanente sans toutefois se rupturer.

Le tendon tibial postérieur (jambier postérieur) a comme principale action l’inversion et la flexion plantaire du pied [1]. De plus, il s’agit du principal inverseur de la cheville et plus précisément de l’arrière-pied [2, 3]. Il est aussi important de noter que malgré le fait que le tendon tibial postérieur soit près de l’artère tibiale postérieure lorsqu’il passe dans le tunnel tarsien, il est très peu vascularisé à cet endroit. Pour une raison encore inconnue, le tendon ne possède aucune vascularisation directe sur une zone d’environ 2,5 cm (Fig. 1) [4]. Cette particularité anatomique coïncide avec la région du tendon la plus souvent affectée par la tendinopathie tibiale postérieure et compte parmi les facteurs de risque de développer cette pathologie [4, 5]. La tendinopathie tibiale postérieure est la pathologie la plus couramment rencontrée du muscle tibial postérieur.

 

zone hypovasculaire

 

 

 

Cette pathologie affecte 3,3% des femmes de plus de 40 ans [6] et se caractérise par une inflammation suivie d’une dégénérescence (tendinose) du tendon tibial postérieur. Cela entraîne une difficulté et plus tard, une incapacité du muscle tibial postérieur à effectuer l’inversion de l’arrière-pied. De plus, cela crée une douleur distale et postérieure à la malléole médiale amenant une diminution de la qualité de vie des gens atteints [7].

En fait, il faut garder en tête que toutes les dysfonctions du tendon tibial postérieur débutent par une tendinopathie du tendon tibial postérieur qui n’a pas été traitée adéquatement. Le problème réel se produit lorsque le stade inflammatoire devient vraiment dégénératif et que le tendon s’allonge. Les ligaments calcanéo-naviculaires (spring ligament) et talo-calcanéens (ligament cervical du talus) sont lésés par l'augmentation de leur sollicitation causée par l’insuffisance du tendon tibial postérieur à effectuer l’inversion de l’arrière-pied, et le soutien de l’arche longitudinale médiale. Lorsque votre patient vous dit qu’il a l’impression que son pied s’est affaissé ou que son talon pointe plus vers l’intérieur comparativement à avant, vous êtes certainement en présence d’une dysfonction du tendon tibial postérieur de stade II. Le tableau 1 résume bien les différents stades de cette pathologie et les signes et symptômes caractérisant chacun d’eux.

En résumé, la dysfonction du tendon tibial postérieur débute par une atteinte tendineuse (tendinite puis tendinose), pour ensuite progresser vers une atteinte ligamentaire et se terminer par une atteinte articulaire dans les stades plus avancés. Il y a en quelque sorte une coupure qui se fait entre le stade II et III, où la pathologie auparavant flexible devient rigide. Lorsque le stade III ou IV est atteint, aucun retour en arrière ne peut être fait et la chirurgie (fusion des articulations talo-calcaéenne et/ou talo-crurale) reste souvent l’option permettant de soulager optimalement le patient. Il est donc primordial d’optimiser les thérapies dans les stades I et II et surtout dans le stade où la pathologie est encore au stade de tendinopathie (stade I).

 

Donc, s’agit-il d’une tendinopathie ou d’une dysfonction ? Il faut considérer que toute tendinopathie du tibial postérieur peut évoluer vers une dysfonction. Dans cette optique, le terme dysfonction du tendon tibial postérieur de stade I serait à préconiser étant donné l’évolution défavorable possible d’une atteinte à ce tendon. Les traitements optimaux pour cette pathologie dans les stades I et II seront le sujet du prochain article de blogue.

 

Sources

[1] K.L. Moore, A.F. Dalley, A.M.R. Agur, Anatomie médicale : aspects fondamentaux et applications cliniques, 3e ed. ed., De Boeck, Bruxelles, 2011.

[2] J.N. Maharaj, A.G. Cresswell, G.A. Lichtwark, Subtalar Joint Pronation and Energy Absorption Requirements During Walking are Related to Tibialis Posterior Tendinous Tissue Strain, Sci Rep 7(1) (2017) 17958. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/29263387.

[3] J.N. Maharaj, A.G. Cresswell, G.A. Lichtwark, The mechanical function of the tibialis posterior muscle and its tendon during locomotion, J Biomech 49(14) (2016) 3238-43. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27545079.

[4] M.C. Manske, K.E. McKeon, J.E. Johnson, J.J. McCormick, S.E. Klein, Arterial anatomy of the tibialis posterior tendon, Foot Ankle Int 36(4) (2015) 436-43. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25411117.

[5] R. Semple, G.S. Murley, J. Woodburn, D.E. Turner, Tibialis posterior in health and disease: a review of structure and function with specific reference to electromyographic studies, J Foot Ankle Res 2 (2009) 24. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/19691828.

[6] M.M. Abousayed, J.P. Tartaglione, A.J. Rosenbaum, J.A. Dipreta, Classifications in Brief: Johnson and Strom Classification of Adult-acquired Flatfoot Deformity, Clin Orthop Relat Res 474(2) (2016) 588-93. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26472584.

[7] K.A. Johnson, D.E. Strom, Tibialis posterior tendon dysfunction, Clin Orthop Relat Res (239) (1989) 196-206. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/2912622.

[8] J. Kohls-Gatzoulis, B. Woods, J.C. Angel, D. Singh, The prevalence of symptomatic posterior tibialis tendon dysfunction in women over the age of 40 in England, Foot Ankle Surg 15(2) (2009) 75-81. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/19410173.

[9] A.M. Horwood, N. Chockalingam, Defining excessive, over, or hyper-pronation: A quandary, Foot (Edinb) 31 (2017) 49-55. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/28549281.

[10] H. Uden, R. Scharfbillig, R. Causby, The typically developing paediatric foot: how flat should it be? A systematic review, J Foot Ankle Res 10(1) (2017) 37. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/28814975.

Dominic Chicoine, Podiatre