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Réflexion sur le soutien-gorge de sport

 

 

Pas de panique, je ne change pas de spécialité. Ce sujet est par contre passionnant et le parallèle avec la chaussure de sport et l’orthèse plantaire est flagrant.  

 

Étapes d’une commercialisation efficace

 

1. Créer un besoin : Les femmes ont des seins, la course fait bouger les seins, le soutien-gorge les soutient, les soutenir améliore le confort immédiat. (Les études sur le confort subjectif immédiat du port d’un soutien-gorge existent et les expériences personnelles allant dans le même sens sont nombreuses… mais qu’en est-il sur du long terme ?)

 

2. S’appuyer sur une logique simpliste : l’effet de soutien du soutien-gorge évite au sein de « tomber ». Les femmes devraient en porter si elles veulent garder des seins « orgueilleux » et avoir moins mal lors de la course. (Le sein est soutenu naturellement par le ligament de Cooper, la peau et le muscle platysma. Un support externe ne pourrait-il pas avoir l’effet secondaire, sur du long terme, de ne pas solliciter suffisamment ces mécanismes naturels et faire finalement l’effet contraire ?)

 

3. Minimiser l’importance des effets néfastes potentiels : Connaissez-vous un effet secondaire de l’utilisation des soutiens-gorge ?  Pas moi, jusqu’à la lecture de cette recherche. (Cette évidence est vraiment faible ! Y a-t-il vraiment un lien ? Ce facteur est-il vraiment significatif ? Est-ce un mythe ? Peut-être que oui, peut-être que non… Mais l’homme moderne n’est-il pas, encore une fois, le champion de la gestion des effets secondaires de ses propres interventions ?)

 

4. S’assurer que le message se perpétue à travers les années : Le soutien-gorge est devenu une norme sociale. (La majorité des femmes en portent et les portent bien avant d’avoir des seins… question d’être dans la norme.)  

 

La question que Jean-Denis Rouillon, Laetitia Pierrot et Olivier Roussel se sont posée dans deux thèses de médecine était relativement simple :

 

  • Est-il réellement utile de porter un soutien-gorge ?  

Leur étude préliminaire de 1 an avait été menée sur 33 femmes âgées de 18 à 25 ans (la deuxième étude sur 3 ans, suivait 50 femmes de 18 à 30 ans). Ils ont cherché à connaître les effets d'un arrêt total du port du soutien-gorge sur le sein, lors de la vie quotidienne et sportive. Les mesures biométriques ont montré que l'arrêt du port du soutien-gorge était bien supporté par les femmes en terme de confort et d'esthétique et, contrairement aux idées reçues, le sein ne tombait pas, mais il se raffermissait et il remontait !! Ces modifications cliniques semblaient être liées au renforcement du tissu conjonctif et des moyens de fixité du sein qui se sont adaptés aux nouvelles contraintes mécaniques imposées par l'arrêt du port du soutien-gorge.

 

Leurs conclusions : « Nos résultats valident l'hypothèse que le soutien-gorge est un faux besoin. Médicalement, physiologiquement, anatomiquement, le sein ne tire pas bénéfice d'être privé de la pesanteur. Au contraire, il s'étiole avec le soutien-gorge". Attention : Ne brûlez pas vos soutiens-gorge (ni vos chaussures). La Clinique Du Coureur a toujours été un pourvoyeur de connaissances et de guides pratique. Cette fois-ci, je me contenterai de vous informer !  

 

Quelques questions sans réponses :

 

  • Est ce que la logique reste la même avec un sein de volume important (D et plus gros) ?
  • Est ce que la logique reste la même pour certaines femmes avec un profil « hyperlax » (plus de chance que le soutien naturel ne suffise pas)? … ou qui allaite? … ou qui ont des prothèses mammaires? … qui ont des variations de poids ? … ou qui sont plus âgées ?
  • Qu’en est-il de l’aspect esthétique?

 

… Plein de questions auxquelles nous n’avons pas de réponses.  

 

2009-Roussel,  Facteur de l’évolution morphologique du sein après arrêt du soutien-gorge : étude ouverte préliminaire longitudinale chez 50 volontaires. Thèse de médecine, Besançon, France, Faculté de Médecine et de Pharmacie - N° 09 – 085.
 
2003-Pierrot, Evolution de sein après l'arrêt du port du soutien-gorge : étude préliminaire longitudinale sur 33 sportives volontaires ; Thèse de médecine, Besançon, France, Faculté de Médecine et de Pharmacie.