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Pied plat et blessures

Suite à une revue de littérature faite en 2003 et remise à jour annuellement, La Clinique Du Coureur a toujours mentionné que les particularités anatomiques et biomécaniques installées (présentes de longue date) tels les pieds plats vs creux OU pronateurs vs supinateurs n’ont aucun lien avec les pathologies de l’appareil locomoteur. Quelques publications très intéressantes ont récemment remis ces questions de l’avant. On en discute.

 

 

 

Critique d’article #1

Foot pronation is not associated with increased injury risk in novice runners wearing a neutral shoe: a 1-year prospective cohort study. (2013- Nielsen) Rasmus Nielsen et ses collègues ont publié ce mois-ci une étude de haute qualité montrant que le degré de pronation/supination n’augmente pas le risque de blessures chez 927 coureurs débutants de 18 à 65 ans, initialement en santé et courant tous avec des chaussures traditionnelles neutres (Supernova Glide 3, cote TRC de 50%). Un suivi de 1 année complète a été fait pour monitorer les blessures relatives aux différents groupes (plus ou moins pronateurs) de coureurs.

 

Critique d’article #2

Association Between Foot Type and Lower Extremity Injuries: Systematic Literature Review With Meta-analysis (Tong-2013) Jasper Tong et Pui Kong ont revu l’ensemble de la littérature dans cette Méta-analyse. Un travail colossal et bien fait dans l’ensemble. Les résultats sont par contre loin de nous convaincre de la conclusion publiée « High arch and flat-foot foot types are associated with lower extremity injuries ».

 

Voici quelques points critiques qui nous amènent à répéter qu’il n’y a PAS de lien entre le type d’arche et les pathologies de l’appareil locomoteur :

 

  1. Une revue systématique est aussi bonne que les études qui la composent. Les études de type transversal (cross-sectional) et de type contrôle de cas rétrospectif (case control) sont mélangés aux quelques études prospectives. Malgré les meilleures qualités méthodologiques, les études prospectives et leurs résultats, plus fréquemment neutres, sont dilués à travers les études de moindre qualité. En bref, plus les études sont de qualité moins l’effet observé est important!
  2. Ils semblent avoir manqué quelques études intéressantes, en plus des nouvelles récemment publiées… qui atténueraient encore plus la « faible force de la preuve » trouvée. (Dixon-2006, Duffey-2000 Hreljak-2000, Lun-2004, McCrory-1999, Messier-1991, Messier-1995, Moen-2012, Montgomery-1989, Nielsen-2013, Pohl-2009, Rome-2001, Thijs-2008, Warren-1984, Wen-1997, Willem-2006, Yagi-2012). Si certaines études ont été exclues par les auteurs pour des raisons méthodologiques, nous n’avons aucune idée de la raison.
  3. Les populations étudiées, les mesures de classification des types de pied, et les méthodes rapportant les blessures sont d’une grande variabilité (grande hétérogénéité), ce qui rend les conclusions très générales… et certainement pas définitives.
  4. Laissons la science de côté et réfléchissons un moment. J’ai 30 ans, j’ai des pieds plats, mon père et ma grand-mère aussi puisque c’est d’eux dont je les ai hérités. J’oubliais, ce pied plat, j’y suis adapté depuis le début de ma vie. Un jour, j’ai mal aux genoux, je rencontre un Doc, il observe mes pieds, il me prescrit des orthèses… et me dit que c’est pour la vie. Hein ? Quoi ? Qu’est-ce que vous dites docteur ?