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Performance et chaussures

 

L’histoire qui suit est un classique. Christian Mercier, marathonien, 38 ans, 2h23, 150 à 200km par semaine, presque jamais blessé, commandité par Mizuno.

 

Objectif : briser le 2h20.

Habitudes de chaussage : entraînement (80% du volume) avec les Precision (cote TRC de 55%, 350g -http://www.mizunousa.com/running/catalog/mensfootwear-), intervalles et compétitions de marathon avec les Ronin (cote TRC de 67%, 200g), compétitions de 10 km avec les Ekiden (cote TRC de 73%, 130g).

Disponibles mais non utilisées : Universe (cote TRC de 78%, 110g) et les Prophecy (cote TRC de 47%, 350g).

 

Je n’analyserai pas ici toutes les raisons pour lesquelles la majorité des athlètes de haut niveau utilisent ce système d’alternance, ni pourquoi il y a 10 ans la majorité utilisait des chaussures encore plus grosses et plus lourdes. Je pense tout de même que la majorité des athlètes suivent les tendances sans trop se questionner, influencés par ce que propose le marché et par l’expérience de coureurs plus âgés, anciennement adaptés à plus gros et ayant trouvé un équilibre dans cette recette « d’entre deux ».

 

Lors de discussion avec ces athlètes, les raisons principales qui justifient leur choix sont les suivantes :

 

  1. Je ne vois pas d’avantages sur la performance de courir mes entraînements et mon marathon avec une chaussure plus minimaliste.
  2. Je crains que l’utilisation de chaussures plus minimaliste me « taxe / fatigue / blesse », si utilisées dans mes entraînements ou lors du jour J de la compétition.

 

Je conviens que l’athlète de haut niveau a des biomécaniques déjà efficaces, souvent bien cristallisées et que contrairement aux coureurs récréatifs, l’utilisation de chaussures plus minimalistes aura une influence minime sur l’efficacité de la foulée. Ce qui est par contre notable sur la performance, c’est son poids. Les études sont unanimes sur ce sujet (2012-Perl, 2012-Franz, 2011-Hanson, 2011-Jenkins(R), 2008-Divert, 2009-Bonacci, 1985-Burkett, 2009-Squadrone, 1994-Flaherty, 1979-Catlin, 1981-Rlston, 1969-Soule, 1985-Martin, 1986-Jones). Chaque 100 grammes dans les pieds augmente de 0.7 à 1% la consommation d’oxygène (et chaque 1% d’augmentation de VO2 se traduit par une réduction de vitesse de 2.94m/min). Si on calcule la résultante sur le temps réel du marathon, on parle pour notre cas ci-haut mentionné de 1min30 gagnée s’il courrait son marathon avec les Ekiden (2 x 70g = 140g = 1%) et 3 min s’il courrait avec les Wave Universe (180g = 2%)… ou de plus de 4 min perdues s’il le courrait avec les Prophecy. Notez que nous ne parlons que du poids et non des influences biomécaniques qui pourraient, pour certains, repousser cet avantage.

 

Plusieurs vous diront que le problème est la non tolérance au nouveau stress mécanique engendré par cette chaussure plus minimaliste qui amènerait probablement notre coureur à finir… sur les genoux en un temps bien plus lent. La solution : s’y adapter, tout en douceur, durant les entraînements pour pouvoir l’utiliser en performance. Un processus qui se doit de respecter les processus d’adaptation tissulaire, de ne pas interférer avec la quantité d’entraînement désiré… un processus qui peut donc prendre un à deux ans !

 

Les questions sont ouvertes :

 

  • Ces données expérimentales sont-elles applicables pratiquement ?
  • Est-ce que les athlètes se privent de précieuses secondes ?
  • Serait-ce encore les influences commerciales qui dictent les comportements ?
  • Verra-t-on de plus en plus de marathoniens courant avec des chaussures plus minimalistes qu’actuellement ?

 

Mon opinion : oui aux 4 questions !!!