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Notre ère vs. les années 80

(Par Lee-Manuel de La Clinique Du Coureur)  Un petit brin de vie: j'avais 6 ou 7 ans quand j'ai été introduit bien malgré moi à la course à pied au début des années 80 par mon sportif de voisin "Pilou" (Raymond Picard de son vrai nom) du chemin St-Jacques à Crabtree dans la région de Joliette au Québec.

 

Pilou était le voisin "cool" avec qui moi, ma soeur et mes amis allions jouer au soccer et s'amuser sur son terrain. Il s'entraînait chaque année pour courir le Marathon de Montréal. Ma soeur et moi avions même passé naïvement la matinée à écouter le Marathon à la télé (diffusé à Radio-Canada à l'époque... pourquoi plus maintenant??) dans le but de le voir. Eh bien nous l'avions vu!! (avec beaucoup de chance!) Quand j'ai commencé à m'intéresser à la course 20 ans plus tard (!!!), j'ai souvent tenté de me souvenir ce que j'avais appris en voyant Pilou courir: la fréquence de ses entraînements, la longueur de ses sorties, les chaussures qu'il portait, l'engouement général pour la course à pied, etc.

 

À force de travailler au coeur de la course à pied et de comparer le sujet présent avec le passé, beaucoup de questions me viennent quant aux différences et similitudes entre les 2 époques. Mon ami Jimmy du "Coureur Nordique" à Québec m'a donné accès à une panoplie de mensuels d'athlétisme québécois des années 80 qui lui ont été offerts par un client satisfait (!) qui les avait dans son sous-sol et voulait s'en débarrasser. Ces petites revues jaunies sont de véritables bibles de statistiques et d'articles intéressants s'étant "biodégradés" et ayant disparu avec le temps. Mais quel plaisir de découvrir ces artefacts d'une époque enrichissante et c'est sur un ton d'auteur/coureur qui aime la compétition et le dépassement que je vous expose ceci: On connait tous l'évolution que vit le sport en général au fur et à mesure que les décennies passent.

 

La course à pied n'y échappe pas: les records du monde tombent sur toutes les distances et ça continuera. Toutefois, je dois dire que l'élite québécoise de l'époque n'a rien à envier à celle que l'on connait aujourd'hui. Pour ceux qui suivent les statistiques actuelles de la course à pied au Québec vous resterez surpris de voir ceci:

 

 

Les temps des meilleurs(es) en course à pied au Québec n'ont pas vraiment évolué. Quelles en sont les raisons? Il y a selon moi plusieurs hypothèses et je vous invite à laisser les vôtres en commentaires au bas de cet article. Premièrement, j'ai le sentiment que le sport était pratiqué de façon plus compétitive que récréative à cette époque. Les coureurs devaient adhérer à la fédération annuellement et tout semblait vraiment très sérieux et encadré. Aujourd'hui, courir est un loisir pratiqué, je crois, beaucoup plus par plaisir qu'à l'époque. Rien de mal là-dedans!

 

Au contraire, faire du sport sans le stress de bien performer c'est le bonheur de la majorité. Là où je vois un problème, c'est quand ces coureurs récréatifs se lancent dans les gros défis et cela semble être devenu une mode à travers les dernières années. Je ne suis pas en train de décourager ceux et celles qui veulent se dépasser, non. Mais je dis simplement que les grandes distances étaient plus respectées à l'époque. C'est la même chose chez nos cousins français, lu sur un forum sur internet. Mais est-ce la seule véritable raison? Je ne peux pas croire que l'aspect extrême des esprits compétitifs se soit atténué autant? Au contraire, la jeunesse est plus orgueilleuse que ça! Bien sûr on l'attendait celle-là, mais est-ce l'avènement des grosses chaussures fin des années 80 qui a appauvri les performances? Pas impossible que ce soit un facteur. Et il est permis de croire que cette réalité s'étend à tout le peuple occidental qui s'est muni de ces grosses chaussures. Pendant quinze à vingt ans le choix de chaussures légères n'était peut-être pas aussi développé et promu qu'aujourd'hui. Et dès l'apparition de la notion du coussinage sous les chaussures on se posait déjà des questions en 1983...

 

 

Voici une liste d'évaluation de chaussures de l'époque:

 

 

À noter qu'elles sont évaluées en ordre de prix laissant croire inconsciemment que les plus coûteuses sont au top de la liste. 130$ pour une paire de chaussures en 1983! Ça c'est fort! J'aimerais pouvoir vous dire le prix qu'elle en coûterait aujourd'hui avec l'indexation de l'inflation! Comme autre raison de l'absence globale d'amélioration des performances, il y a l'augmentation marquée du taux d'obésité chez les jeunes de plus en plus sédentaires avec des programmes d'éducation physique de plus en plus délaissés. Là-dessus, il y a eu plusieurs grands pas en arrière ces derniers temps et les jeunes en paieront malheureusement le prix de leur santé. Est-ce aussi parce que la course à pied vit une renaissance après un peu plus d'une décennie à l'ombre d'autres sports?

 

Je serais curieux de me transporter dans quelques années d'ici pour connaître l'effet général de l'engouement actuel grandissant de la course à pied. Quelques exceptions nous donnent envie de se dépasser comme nos Canadiens Reed Coolsaet et Eric Gillis qui nous représenteront au marathon olympique de Londre en 2012 (2h10min et 2h11min) et beaucoup de Québécois(es) performants(es) qui n'ont pas fini de nous étonner. La course à pied est redevenue à la mode depuis quelques années, le nombre de clubs de course au Québec et l'accès à l'information pour mieux s'entraîner pourraient bien être de bons avantages par rapport à l'époque de Jaqueline Gareau,  ... seulement si on ne reste pas assis à chercher trop longtemps devant notre écran!