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Les suppléments d’électrolytes pour prévenir l’hyponatrémie?

L’usage de suppléments d’électrolytes est commun chez les coureurs performants sur des épreuves d’endurance et d’ultra-endurance. Plusieurs croient d’ailleurs à tort qu’il est primordial de remplacer toutes pertes de sodium durant ce type d’épreuve afin de prévenir les crampes, la déshydratation, les nausées ainsi que l’hyponatrémie. Or, les évidences sur le sujet peinent actuellement à soutenir cette théorie. De surcroit, le fait de boire au-delà de sa sensation de soif serait un facteur prédisposant au développement de l’hyponatrémie bien plus important, et ce, malgré la consommation d’un supplément d’électrolytes.

 

 

L’équipe de recherche du Dr Hoffman s’est intéressée, au cours des dernières années, à l’évolution des pratiques alimentaires des coureurs de la Western States Endurance Run (WSER), une course de 161 km à travers les montagnes de la Sierra Nevada.

 

Selon leurs observations, le taux d’utilisation de suppléments d’électrolytes chez les participants de cette course s’élève à plus de 90 %. Toutefois, bien que l’usage de suppléments d’électrolytes soit une pratique largement acceptée dans le milieu de l’ultra, peu de preuves solides supportent actuellement cette pratique dans la littérature.

 

Lors de l’édition 2014 de la WSER, les chercheurs ont observé que la concentration sanguine de sodium des coureurs après la course était positivement, mais faiblement, associée à la consommation de suppléments de sodium durant la course. Toutefois, aucune différence n’a été notée dans la consommation de suppléments de sodium entre les coureurs hyponatrémiques et normonatrémiques. En fait, la majorité des coureurs ayant rapporté un faible apport en sodium sous forme de suppléments ont terminé la course avec un niveau de natrémie jugé normal.

 

La consommation de supplément de sodium était également indirectement reliée à la variation de poids durant la course. En d’autres termes, plus un coureur consommait de sodium sous forme de suppléments, moins la perte de poids durant l’épreuve était élevée. Bien que cela puisse sembler un avantage, les travaux du Dr Hoffman ont démontré qu’une perte de 3-4% du poids initial devrait normalement être anticipée durant ce type d’épreuve, alors qu’il est même possible d’observer une perte de poids allant jusqu’à 6 % parmi les meilleurs, et ce, sans conséquence négatives apparentes. Il est donc inutile, voire même nuisible, de vouloir prévenir à tout prix la perte de poids.

 

À la lumière de l’ensemble des analyses, les chercheurs concluent toutefois que ni l’apport en sodium sous forme de supplément, ni la variation du poids ne prédisaient de manière convaincante la concentration sanguine de sodium en fin de course. En fait, selon leur interprétation, c’est principalement la surhydratation qui serait le plus grand contributeur du développement de l’hyponatrémie. Fait intéressant à noter d’ailleurs, les auteurs de l’étude rapportent une diminution de l’incidence des cas de surhydratation en 2014 (21 % des coureurs) comparativement à la moyenne des éditions de 2008 à 2012 (36,5 % des coureurs). L’augmentation importante du nombre de coureurs rapportant utiliser comme stratégie d’hydratation le fait de simplement boire selon leur soif serait la principale raison expliquant cette baisse de surhydratation. En effet, 79,6 % des coureurs en 2014 ont indiqué avoir utilisé cette stratégie pendant au moins un segment de la course et 41,1% pendant l’ensemble de la course. En 2011, seulement 17 % des coureurs avaient rapporté prévoir utiliser cette stratégie. L’augmentation de cette pratique par les coureurs pourrait d’ailleurs être la raison expliquant pourquoi seulement 6,6 % des coureurs ont développé de l’hyponatrémie contre les 15 à 30 % qui avaient été anticipés par les auteurs en fonction des conditions météorologiques et des observations des années précédentes.

 

En conclusion

 

L’équipe du Dr Hoffman conclut qu’un faible apport en sodium (ne pas consommer de supplément) a peu d’impact sur le développement de l’hyponatrémie lors d’une épreuve de plus de 30 heures. En fait, l’hydratation aurait un potentiel beaucoup plus important d’affecter la balance électrolytique totale. De ce fait, l’usage agressif de suppléments d’électrolytes ne serait pas nécessaire afin de maintenir un niveau de natrémie jugé adéquat. Le premier conseil à respecter en course demeure donc de boire selon sa soif sans plus. Si vous dépassez ce seuil, rien ne garantit que la consommation d’un supplément d’électrolytes vous épargnera de l’hyponatrémie… ou des crampes.

Isabelle Morin

Nutritionniste La Clinique Du Coureur