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Les crampes musculaires

Il a longtemps été cru que les crampes musculaires étaient reliées à des facteurs nutritionnels tels que la déshydratation ou le manque d’électrolytes. Cette théorie est toutefois de plus en plus remise en question, notamment en raison du fait qu’un nombre croissant de données nous démontrent désormais que les individus victimes de crampes ont des taux similaires d’électrolytes et un niveau d’hydratation comparable à leurs homologues n’ayant pas développé de crampes.

 

 

Un bon résumé sur le sujet se trouve dans le livre du Dr Tim Noakes, Waterlogged, The Serious Problem of Overhydration in Endurance Sports, qui précise que la théorie du déficit en sodium et de la déshydratation n’explique pas le développement des Crampes Musculaires Associées à l’Exercice (CMAE). Un nombre croissant de recherches scientifiques, telles que les projets menés par le Dr Martin D. Hoffman, abondent également dans le même sens.

 

Quelques points clés à retenir en résumé :

 

  • Il n’y a aucune relation entre les taux d’électrolytes sanguins (sodium, potassium, calcium, magnésium) et le développement de CMAE. Les études démontrent que les participants ayant développé des CMAE ont des taux d’électrolytes comparables à leurs homologues n’ayant pas développé de crampes. Il est donc faux de croire que la concentration sanguine d’électrolytes est anormale au moment de l’apparition d’une crampe.
  • En outre, il n’y a actuellement aucune preuve démontrant que les athlètes amateurs ou professionnels qui participent à une épreuve de longue durée vont inévitablement développer un état de carence en électrolytes. La sueur étant hypotonique par rapport au sang, et ce, même chez un coureur qui transpire abondamment, le fait de transpirer concentre plutôt les électrolytes au niveau sanguin puisque la perte d’eau est plus importante que la perte de minéraux. Ce phénomène stimule ainsi la sensation de soif qui vise à ramener un équilibre homéostatique. Il n'est donc pas nécessaire d'ingérer des suppléments de sel/sodium au cours d’un exercice si notre hydratation respecte notre signal de soif. Le corps possède ses propres mécanismes lui assurant de maintenir son équilibre. Il suffit simplement de respecter les signaux qu’il nous envoie.
  • La déshydratation, souvent accusée à tort d’être la cause des CMAE, ne s’avère pas un facteur reconnu par les études comme étant un prédicteur fiable de l’apparition des crampes. En fait, les études démontrent que les athlètes ayant connu des CMAE ne présentaient pas des niveaux de déshydratation plus importants que les participants n’ayant pas souffert de crampes pour une même épreuve.
  • L’hyperthermie (élévation de la température corporelle) n’est pas non plus l’une des causes potentielles du développement des crampes. La littérature a démontré qu’il est faux de croire que la température corporelle des sujets ayant des CMAE est plus haute que celle des sujets témoins ayant effectué le même exercice.

 

Que conclure de tout ça?

 

L’apparition des CMAE est une condition n’étant reliée ni aux problèmes de chaleur, ni à la carence en électrolytes, ni à la déshydratation. En fait, la fatigue musculaire est la cause la plus probable de leur apparition, bien que les scientifiques ne comprennent pas encore tous les mécanismes sous-jacents leur apparition. Les CMAE n’affectent en effet que les groupes musculaires où il y a des contractions répétitives associées à l’activité pratiquée. Les muscles non sollicités par l’effort ne présentent quant à eux généralement pas de crampes musculaires. Une préparation physique inadéquate en fonction de l’effort à fournir, un effort très intense ou encore un changement brusque dans l’intensité de l’effort sont des facteurs susceptibles d’augmenter les risques de crampes musculaires. Le fait d’avoir déjà souffert de crampes musculaires à l’effort semble également être un facteur prédicteur de l’apparition subséquente de crampes. Le meilleur conseil à garder en tête pour prévenir leur apparition demeure pour l’instant de bien planifier votre entraînement afin d’arriver prêt sur la ligne de départ et de gérer l’intensité de votre effort tout au long de la course.

 

Pour approfondir le sujet, une série de 4 articles sur le site de The science of sport:

http://sportsscientists.com/2007/11/muscle-cramps-part-i/

http://sportsscientists.com/2007/11/muscle-cramps-part-ii/

http://sportsscientists.com/2007/11/muscle-cramps-part-iii/

http://sportsscientists.com/2007/11/muscle-cramps-part-iv/

Isabelle Morin