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Le paradigme du « Comfort filter » (partie 1)

C’est au « International Calgary Running Symposium » que j’ai pour la première fois entendu le nouveau paradigme du chercheur Benno Nigg, sommité de la chaussure de sport. Après the « preferred movement path paradigm » and the « muscle tuning paradigm », Dr Nigg propose un nouveau paradigme pour expliquer les liens entre la biomécanique, la chaussure et la prévention des blessures chez le coureur.

 

 

Le paradigme du filtre de confort se définit ainsi : Les coureurs utilisent leur perception de confort pour sélectionner les chaussures qui produiront moins de blessures.

 

Éclaircissements

 

Le paradigme du « filtre de confort » pourrait expliquer pourquoi les blessures en course à pied sont prioritairement causées par les erreurs d’entrainement, le volume d’entrainement et autres facteurs similaires et moins dépendant des chaussures utilisées. Les coureurs auraient déjà sélectionné et utilisé les bonnes chaussures. Les coureurs choisissent leur chaussure de course en fonction de leur perception de confort et excluent donc les chaussures qui pourraient augmenter le risque de blessures. Bon, soyons sincère, cette théorie ne tient pas debout.

 

 

On s’explique

 

1. Même si on s’entend tous pour dire que le confort est important, le support scientifique qui le relie à l’incidence des blessures est presque inexistant si ce n’est que de l’unique étude sur le sujet, la très pauvre étude de Mundermann et al. publiée en 2001 faisant un lien beaucoup trop important entre le confort et les blessures (Mundermann, Stefanyshyn & Nigg, Med Sci Sports Exerc. 2001; 33(11):1939-45 : Recrues militaires portant des bottes de combat, la randomisation n’était pas faite sur le score de confort, le critère principal était le confort et non les blessures, seulement 79/206 (38% !) ont retourné les questionnaires de blessures, 4 mois de suivi, douleur et blessures auto-rapportées, haut risque de biais, …)

 

2. On est aussi tous d’accord que les blessures sont d’abord reliées aux paramètres d’entrainement (le trop, trop vite). Par contre, ce paradigme est déconnecté de la réalité terrain quand on suppose que les coureurs choisissent réellement les chaussures en fonction du confort et surtout qu’ils choisissent automatiquement les ‘bonnes’ chaussures quand on sait que la majorité des chaussures sur le marché ont les mêmes caractéristiques imposées (absorption marquée, talon surélevé, rigidité de la semelle à la mi-pied, coupole calcanéenne rigidifiée, etc.). Si on considère qu’une majorité des coureurs choisissent des chaussures trop courtes par rapport à l'ajustement idéal, et ce, en fonction de leur confort, on peut penser qu'ils se situent encore plus dans le néant en ce qui concerne la prévention des blessures!

 

Pour lire la deuxième partie de ce texte, cliquez ici.

 

         

Blaise Dubois