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Le monde est-il en train de changer? (1 de 2)

Ce printemps, j’ai enchaîné 2 voyages d’enseignement en Europe. Les deux faisaient suite à des invitations : la première m’a permis de parler des chaussures de course auprès de la plus grosse compagnie française de matériel de sport, Décathlon, et la seconde m’a mené en Suisse au 26e Congrès national de Podologie (podiatres). Comme le résume si bien l’expression française : «C’était chaud!», mais tellement constructifs comme échanges!

 

 

 

Les podologues suisses

 

La Société Suisse des Podologues (SSP) m’a invité à présenter deux conférences. L’une d’entre elles s’intitulait «Les semelles orthopédiques (orthèses plantaires), est-ce que ça marche?». C’est sans gêne et filtre pour adoucir mes propos que je leur ai présenté l’état des connaissances actuelles et les 12 revues systématiques faites sur le sujet. Un constat actuel de la science qui frappe! C’était dur et direct! La présentation s’est même révélée bouleversante pour plusieurs, car la science est bien loin d’appuyer bon nombre de pratiques actuelles. Contre toutes attentes, on ne m’a pas lancé de roses, mais pas de tomates non plus! Les échanges qui ont suivi ont été constructifs. En fait, je suis persuadé que plusieurs podiatres-podologues se redéfiniront comme praticiens. Je précise toujours que mon exposé porte sur un de leurs outils (l’orthèse plantaire / semelle orthopédique) et n’est pas une remise en question de leur profession, que je respecte au plus haut point.

 

Décathlon et sa marque Kalenji

 

J’ai aussi été invité par la compagnie française Décathlon, une importante entreprise en France dont le chiffre d’affaires s’élève à plus de 10 milliards d’Euros. Elle produit et vend du matériel de sport distribué dans 1176 magasins localisés dans 28 pays. Leur marque spécifique à la course, développée il y a 10 ans, se nomme Kalenji et propose une gamme de 74 modèles de chaussures. Leur philosophie est de donner l’envie de courir et de rendre accessible durablement ce plaisir à chacun en concevant des produits techniques, beaux et simples à prix le plus bas possible.

 

Simple ? À bas prix ? Durablement ? Avec un réel souci de prévention des blessures et ce, dès le jeune âge?  Ma curiosité était piquée et j’y suis allé. Pour éviter tout conflit d’intérêts, j’ai tout payé mes dépenses et leur ai demandé de verser 5000 euros au fonds philanthropique de La Clinique Du Coureur.*

 

La rencontre

 

Je me suis donc rendu à Lille où se trouve leur maison-mère, lieu de conception des produits et de tests en laboratoire. Une vingtaine de personnes directement liées à la marque Kalenji et au Decathlon Sports Lab (service R&D) étaient présents : des concepteurs, des développeurs R&D, des ingénieurs, des gens de marketing, des scientifiques et des chefs de produit. Bref, tous les acteurs de l’industrie capables de vraiment changer les pratiques étaient présents pour cet échange d’une journée.

 

La chaussure de course à pied adulte et enfant était au centre de nos discussions. Nous avons tout révisé : le lien avec les blessures, les influences biomécaniques, la conception de produit et la réponse du marché à certaines idées. Encore une fois, les discussions étaient franches et bouleversaient certaines pratiques, opinions et croyances bien installées!

 

Le processus de conception

 

Sans surprise, comme c’est le cas pour toutes les marques, l’objectif premier est de se différencier des autres pour vendre. Normal. Pour ce faire, les consommateurs sont questionnés et ce sont eux qui orientent la conception du produit. On souhaite avant tout rencontrer leurs besoins et leurs désirs. Suivant cette logique, le concepteur cherche constamment à bonifier son produit : couleur plus tendance, nouvelle technologie, nouvel amorti... Il s’agit bien sûr d’un cercle vicieux car au final, on se questionne peu sur ce qui serait réellement préférable pour le coureur. La logique marketing s’articule sur le manque de connaissances du consommateur et c’est cette même ignorance entretenue qui permet d’augmenter les ventes.

 

Changer les pratiques?

 

Changer les pratiques n’est pas simple et la réaction en chaîne induite par un changement est importante pour une compagnie de cette envergure. Le processus doit être calculé et mis en place avec beaucoup de précautions. L’avantage de Décathlon est qu’ils vendent eux-mêmes les chaussures qu’ils produisent. Par conséquent, ils peuvent éduquer directement le coureur au moment de l’achat, dans leur magasin, autant par le conseil client que par la publicité affichée.

 

La semaine prochaine, je vous donne les conseils clés que j’ai donnés à l’équipe de Kalenji/Décathlon. Une compagnie pleine de bonnes intentions qui semble avoir un réel intérêt pour la production de produits contribuant à la santé des coureurs de toutes catégories et de tous âges.

 

Le monde est-il en train de changer? Mmmmm. Il en faudra certainement bien plus que ça! Mais je suis enthousiaste face à l’éveil aux connaissances; enthousiaste de savoir que dans notre «libre marché», la conscience s’élève doucement.

 

 

* La Clinique Du Coureur et ses enseignants n’ont aucun biais commercial, aucun avantage financier ou autre avec des marques de souliers de course. Ils sont totalement indépendants intellectuellement. Leurs prises de position ne reflètent que les meilleures pratiques scientifiques… rien d’autre !

 

Blaise Dubois