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Le destin hors norme de Betty Robinson coureuse olympique

Tout le monde connaît Kathrine Virginia Switzer, une coureuse de marathon, écrivaine, commentatrice de télévision américaine. Elle est surtout célèbre pour avoir été en 1967 la première femme à courir le marathon de Boston comme participante enregistrée. Mais connaissez-vous Elizabeth « Betty » ROBINSON ? Il y a des destins incroyables, improbables, et je vous promets que celui de Betty est vraiment incroyable, je dirai même extraordinaire. Première femme championne olympique du 100 mètres en 1928, elle demeure encore à ce jour la plus jeune championne olympique de cette distance (16 ans), et surtout elle est la seule athlète à avoir gagné une médaille d’or après sa mort. Billevesées, une « fake news Facebook » me direz-vous, alors prenez un petit peu de votre temps pour lire son histoire et je vous garantis que vous ne l’oublierez jamais.

 

betty robinson

 

1928 Illinois, un quai de gare, un train de banlieue qui part, et une gamine de 16 ans qui sprint pour ne pas le rater. Repérée par l’un de ses professeurs qui assiste à la scène, elle intègre l’équipe de sprint masculine du lycée pour s'entrainer.

Il faut se remettre en mémoire qu’avant 1928, les compétitions d’athlétisme aux Jeux Olympiques n’étaient réservées qu’aux athlètes masculins. Mais pour les jeux d’Amsterdam en 1928, le comité olympique dans sa grande bonté, autorisa les athlètes féminines à participer, mais attention seulement à cinq disciplines, dont le 100 mètres, qui deviendra l’épreuve reine des jeux.

Six mois après ce fameux sprint sur le quai de la gare, Betty participe à sa première compétition officielle. Elle termine seconde derrière Helen Filkey, qui détient alors le record des États-Unis. La chance de la débutante ? Pour sa deuxième compétition officielle, elle égale le record du monde sur la distance (12,0" non homologué car trop de vent favorable). Plutôt douée la gamine non ?

Août 1928, elle vient décrocher la première médaille d'or olympique sur 100 m féminin de l'histoire en 12,2 ‘’. C’est seulement sa cinquième course officielle. Rien que ça, à 16 ans. Et avec le sourire de cette jeunesse qui bouffe la vie à pleine dent.

Au passage, elle en profite pour glaner la médaille d’argent dans le relais 4x100 mètres féminin.

 

Mais en 1931 un terrible crash aérien vient tout bouleverser. Les secours la découvrent parmi les débris de l’appareil et la déclarent morte. L’histoire dit qu’elle fut transportée dans un coffre de voiture jusqu’à la morgue. Son destin se manifeste encore en la personne du médecin légiste qui s’aperçoit qu’elle vit encore. Il la fait aussitôt transférer à l’hôpital d’Oak Forest dans la banlieue ouest de Chicago. Betty y restera onze mois dont sept de coma. Elle gardera de nombreuses séquelles, dont l'incapacité à se mettre à genoux.

Les médecins, déjà très empathiques à cette époque, lui disent qu'elle ne remarchera qu’avec difficulté voir jamais. Mais c’est mal connaître cette survivante. Elle décide alors de recourir. Trois ans après son accident, Betty foule à nouveau la cendrée et reprend l’entrainement. Malheureusement les séquelles de ses multiples fractures ne lui permettent plus de se positionner dans les starting-blocks. Betty n’a plus le choix, la mort dans l’âme elle doit renoncer au 100 mètres. Qu’importe il lui reste le relais, pas besoin des starting-blocks, elle partira debout. A force de travail, de ténacité et de persévérance, elle revient à son niveau, et décroche les qualifications pour les Jeux de Berlin en 1936.

 

B Robinson

 

Mais une autre épreuve attend Betty, elle va devoir financer elle-même son voyage pour Berlin. La Fédération américaine d'athlétisme, très en avance sur son temps concernant la place des femmes dans le sport (sic), a décidé de payer le déplacement qu'à sa délégation masculine.

Le 9 août 1936 à 15h30 dans l’Olympiastadion de Berlin,XIᵉ olympiade de l'ère moderne, finale du 4x100 mètres féminin. À l’entrée du dernier virage, Betty Robinson est bien présente, debout, vivante. L’équipe allemande est la grande favorite de l’épreuve. Dernier passage de témoin, la relayeuse allemande Ilse Dörffeldt le laisse tomber. Helen Stephens qui vient de recevoir le témoin de Betty passe la ligne en 46,9 secondes. Betty Robinson est championne olympique pour la seconde fois.

 

Le destin, lorsqu'il s'empare d'un homme, ne le lâche pas facilement. (Jean Dutour)

 

PS : Ce n’est qu’en 1971 qu’Elisabeth « Betty » Robinson pu rejoindre le Hall of Fame du Comité olympique américain.

 

Sources:

Chrystelle Bonnet, Anne-Sophie Bourdet (ill. Pénélope Bagieu), « A Contre-Courant - Super-Héroïnes : Les vies méconnues et extraordinaires des pionnières du sport », L'Equipe,‎ 19 janvier 2019, p. 22-34

https://www.olympic.org/fr/news/la-veloce-betty-robinson-effectue-des-debuts-tonitruants

Betty ROBINSON (1911-1999) ©Pierre LAGRUE

Joe Gergen, First Lady of Olympic Track : The Life and Times of Betty Robinson, Northwestern University Press, 2014

Jean Fleuret

Speaker La Clinique Du Coureur