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La course à pied et la grossesse

Course à pied & périnatalité

Partie 1: Grossesse

 

 

Qui a dit qu’enceinte, il fallait cesser la course à pied? Rien dans la littérature n’appuie cette croyance. Pourtant, l'idée selon laquelle la course est une activité à éviter durant la grossesse, et en post-partum, est largement véhiculée... même par les professionnels de la santé! Dans un billet publié en deux parties, je me propose de démystifier la pratique de la course à pied en période périnatale. Cette première partie aborde le sujet de la course à pied durant la grossesse. La course étant de plus en plus populaire, elle fait beaucoup jaser et sa pratique durant la grossesse est souvent remise en question. Faisons le point.

 

 

 

Au cours de sa grossesse, la future maman tente d'adopter de saines habitudes de vie afin de favoriser le développement de son bébé. Bien que les femmes vivant une grossesse sans complication soient encouragées à être actives et à faire du sport régulièrement, la pratique d’une activité physique s’accompagne souvent d'inquiétudes pour la maman, l'entourage et les professionnels de la santé. Pourtant, si la course à pied était déjà pratiquée auparavant, pourquoi ne pas poursuivre cette activité durant la grossesse?

 

 

Posture et hormones

 

50% des coureurs se blessent chaque année. La femme enceinte est un peu plus à risque de blessures musculosquelettiques en raison de l'hyperlaxité ligamentaire. Ce risque s’explique, entre autres, par les modifications physiques, les changements hormonaux et le gain de poids rapide qui surviennent durant la grossesse. Ces changements, s’ils sont aussi accompagnés d’une faiblesse des muscles du plancher pelvien, augmentent les chances que la femme enceinte souffre d'une descente d'organes ou d'incontinence urinaire. Il s’agit ici de facteurs importants à considérer. La femme enceinte qui court ne doit ressentir ni douleurs musculosquelettiques ni symptômes urogynécologiques (pertes urinaires, lourdeur périnéale, douleurs aux organes génitaux ou au bas du ventre). Le cas échéant, puisqu’il existe des solutions à plusieurs de ces problèmes, consulter un professionnel spécialisé en rééducation du périnée peut vous aider à prolonger votre plaisir de bouger!


 

Recommandations générales

 

Selon le Canadian guideline for physical therapy throughout pregnancy 2019, la femme enceinte vivant une grossesse sans complication devrait, pour sa santé et celle du fœtus, pratiquer un sport aérobique (sans risque de chute ou de traumatisme) durant 150 minutes et plus par semaine. Les entraînements doivent être répartis en au moins trois séances et être d'intensité modérée au minimum. Elle est aussi encouragée à faire une à deux séances de musculation par semaine. Il faut toutefois être à l’écoute de son corps lors d'un entraînement dans un environnement humide et chaud, puisque la future maman a plus de difficulté à dissiper la chaleur. Attention aux courses de longue distance durant la canicule! Idéalement, l'activité aérobique choisie devrait être un sport pratiqué avant la grossesse puisque le corps est alors habitué à ce type d'impact, de mouvements et que cela réduit les chances de blessures.

 

 

Mythes ou réalités

 

Malgré les croyances populaires, la pratique d'un sport durant la grossesse n'augmente ni le risque d'avortements spontanés, ni de prématurité, ni de faible poids de naissance, ni le fait d'avoir recours à la césarienne ou l'instrumentation lors de l'accouchement. Conclusion, pratiquer la course à pied enceinte, si l’activité est bien dosée, ne représente aucun danger.

 

 

 

 

Course : impact faible ou élevé

 

Cette grande question est, en ce moment, sans réponse dans la littérature. La Consultation internationale sur l'incontinence 2016 a récemment démontré que les sports d'impact élevé (trampoline, gymnastique) augmentent le risque d’avoir de l'incontinence urinaire d'effort (effet dose répondant). La course à pied ne figure pas dans la liste des sports d'impact élevé énumérés. La course à pied est-elle donc un sport d'impact faible? Il est possible que ce soit le cas, du moment que le patron de course est optimal (cadence élevée, limitation des déplacements vers le haut, attaque mi-pied ou avant-pied, bruit minimisé), que le choix des chaussures est adéquat (chaussures minimalistes >70%) et que le volume de course pratiquée est bien quantifié et dosé en fonction des habitudes. En considérant ceci, pourquoi la course à pied serait-elle risquée durant la grossesse?


 

Femme athlète

 

La femme athlète coureuse maintient un haut niveau d'activité durant sa grossesse. Elle est généralement suivie par son médecin et son équipe paramédicale de façon étroite. Il est recommandé que la femme athlète ne dépasse pas une intensité de 90% de sa fréquence cardiaque maximale. Il a en effet été démontré qu'au-delà de cette intensité, le bien-être fœtal pourrait être compromis.

 

La course étant permise durant la grossesse, en plus d’être encouragée si pratiquée auparavant, à quel trimestre faut-il donc cesser de courir? À ce sujet, aucune recommandation ne semble avoir été émise dans la littérature. En fait, si la femme enceinte ne ressent aucun malaise durant la course (pas de douleur musculosquelettique importante ou de symptôme urogynécologique comme mentionné plus haut), rien ne l’empêche de poursuivre cette activité tout au long de sa grossesse. Les études ont démontré que la femme enceinte ajuste naturellement son niveau d'intensité durant l'activité physique, alors il semble logique de croire que la majorité des femmes arrêteront au moment où elles trouveront nécessaire de le faire pour elles et pour leur bébé.  

 

 

Références

- Bo et al. Exercise and pregnancy in recreational and elite athletes: 2016/17 evidence summary from IOC Expert Group Meeting, Lausanne. Parts 1-2-3. BJSM 2016, 50: 571-589 + 1297-1305. BJSM 2017, 0: 1-10.

- Committee Opinion of ACOG. Physical Activity and Exercise during Pregnancy and the Postpartum Period. 2015 (réaffirmé en 2017), no 650.

- Mottola et al. 2019 Canadian guideline for physical activity troughout pregnancy. BJSM 2018, 52: 1339-1346.

- Rapport résumant les conclusions: International Consultation on Incontinence 2016.

 

 

Ce billet a été édité par La Clinique Du Coureur.

 

La semaine prochaine :  La course à pied en post-partum

 

Douanka Gendreau