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La chute de Sparte : l’adolescence au temps des guerres antiques

Et si la traversée du secondaire avait tout de l’épopée? Après le roman à succès La chute de Sparte, l’adaptation au cinéma : un portrait touchant des épreuves de l’adolescence.

 

 

 

 

 

Steeve Simard, 16 ans, ni assez beau ni assez athlète pour être des «Populaires», se fond dans l’anonymat de son école secondaire comme autant de maisons cordées de St-Lambert, banlieue qu’il habite et dont le confort banal l’insupporte. Jeune homme à l’esprit vif, sous l’ennui qu’il promène, son salut sera la lecture et les traits de   l’inaccessible Véronique, cheerleader de l’équipe scolaire de football les Spartiates. Parce qu’avec un livre, «on est jamais seul», mais que serait un grand guerrier s’il ne se bat pas pour sa belle Hélène?

 

Coscénarisée par Biz et Tristan Dubois, lequel est aussi à la réalisation, La chute de Sparte aura pris 4 ans avant de trouver sa forme finale. Entre le roman et le film, un travail immense d’adaptation. De fait, si la voix hors champ rappelle parfois le roman, elle est portée avec tant de verve par Steeve Simard (convaincant Lévi Doré!) que ces moments plus lyriques ne souffrent pas de la comparaison. C’est d’ailleurs ce qui séduit d’emblée : la parole inspirée et intelligente du narrateur. Critique de la société, sensible à la beauté des graffitis comme à la laideur des autoroutes, Steeve contraste avec ses pairs. Sans pourtant être tout à fait isolé dans sa différence.

 

 

Parce qu’on a envie de le crier : enfin un film qui s’éloigne de la caricature de l’adolescence! Ici, la classique rivalité entre l’intello chétif et la brute sportive ne sert qu’en apparence; les personnages ont une véritable profondeur. Si le film emprunte souvent des airs de combats spartiates (effets visuels magnifiquement superposés sur le réel), c’est bien le signe d’un respect pour ces guerriers du secondaire. Une quête traversée de clins d’œil à la mythologie grecque qui rappellent d’ailleurs ce que cette période a d’épique. Les épreuves rencontrées, l’homophobie, l’intimidation (et d’autres qu’on ne voudrait pas dévoiler), donnent lieu à des échanges touchants souvent empreints d’humour, notamment avec le très attachant Virgile (Jonathan St-Amand), meilleur ami de Steeve. Pas de dialogues mièvres; le texte est dynamique et travaillé, on sent bien le talent de Biz pour le mot juste!

 

Et tant qu’à lever haut les bras en acclamation, il faut souligner la diversité de la distribution! Une représentation authentique des cultures au Québec, au cinéma, ça fait du bien. La trame sonore 100% québécoise participe aussi de cet effet pluriel. Maitrisée de bout en bout, elle accompagne les scènes en décuplant les émotions : Muzion, Chafiik, Manu Militari pour le courage du héros, La Bronze pour les moments plus planants.

 

 

Les références aux «grandes» histoires, celles du Québec et de l’Antiquité, font écho à celle de Steeve. La chute de Sparte se voulait un film «de l’intérieur, à hauteur d’ado» et cet écart des perspectives n’a rien d’exagéré. Au contraire, c’est la représentation superbe d’une épopée adolescente, avec tout ce qu’elle a d’intense et de vulnérable.

À voir!

Mélanie Fournier