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L’heure de la retraite pour Capitaine Crunch et Sam le Toucan!

Doit-on retirer les personnages de dessins animés des boîtes de céréales? Ce débat a enflammé la place publique au cours des derniers jours. Plusieurs voient dans cette initiative une vaine action du gouvernement et dénoncent haut et fort l’atteinte envers les personnages auxquels ils sont eux-mêmes attachés1. Le débat porte sur les enfants, mais sans s’en rendre compte, les adultes se laissent aussi avoir par l’industrie et le marketing alimentaire. Le fait est que l’industrie alimentaire réussit le tour de force de créer un profond sentiment d’appartenance envers leurs produits dès un très jeune âge, et ce, depuis de nombreuses années.  

 

 

Marketing et aliments

On vit présentement dans une ère où l’industrie contrôle non seulement l’offre alimentaire, mais également les sentiments que les individus développent par rapport aux aliments qu’ils consomment. Les enfants sont très sensibles à la présence d’images attrayantes et familières sur les emballages et ne sont malheureusement pas à l’âge où ils sont capables d’identifier ces stratégies comme étant du marketing. Bien malgré lui, l’adulte derrière le panier se laisse aussi berner par ces méthodes de vente. Dans la volonté de plaire à son enfant, pour faire comme les autres ou simplement parce que ces produits sont perçus comme étant conçus et destinés aux enfants, le parent adhère aussi au marketing. En tant que société, il est alarmant de constater d’une part les effets du marketing sur notre environnement alimentaire, mais aussi, d’une autre part, le manque d’éducation et d’ouverture face aux changements qui pourraient améliorer favorablement ce même environnement.

 

Trop souvent, dans le cadre de mon travail, je rencontre des adultes qui ne sont pas suffisamment conscientisés par le fait qu’ils sont en train de développer les futures habitudes alimentaires de leurs jeunes. L’industrie produit une vaste gamme d’aliments destinés aux enfants qui sont souvent trop riches en sucre ajouté ou en matières grasses transformées. Ces aliments se retrouvent dans l’assiette des petits parce que les couleurs et les images de l’emballage les interpellent. L’adulte qui achète ces aliments, soit pour plaire à son enfant ou par nostalgie de ses propres habitudes alimentaires d’enfance, encourage le développement des habitudes alimentaires envers des produits de faibles valeurs nutritives. Un enfant qui a toujours mangé des aliments sucrés et transformés ne changera malheureusement pas ces habitudes parce qu’il devient adulte. Il a bien plus de chance de continuer à reproduire ce qu’il a appris étant jeune. Le débat sur les habitudes alimentaires des enfants peut même s’étendre au-delà de l’emballage des aliments. Il suffit de regarder les menus de restaurants destinés aux 12 ans et moins. Les frites, la panure et les mets de type fast-food y figurent bien trop souvent et ça, c’est sans parler des jouets et des cadeaux qui accompagnent parfois ces mêmes repas. Encore une stratégie pour susciter l’attrait vers des aliments peu nutritifs.

 


Arrêtons de penser que les enfants doivent manger des aliments qui sont spécialement conçus pour eux. Montrons à nos enfants à manger sainement et à savourer les aliments, sans égard pour leur âge. Pour ce faire, l’emballage neutre des aliments est un moyen de plus qui permettra de créer un environnement alimentaire sain, sans cibler certains produits industriels et très transformés comme étant spécialement destinés aux enfants.

 

 

L’industrie alimentaire réussit son pari

Il est temps de se poser la vraie question, est-ce que le fait de retirer les personnages des emballages changera le goût de vos aliments préférés? Non! Alors, pourquoi y être si fermement opposé? C’est probablement parce que l’industrie alimentaire a réussi son pari avec vous aussi, en créant un sentiment d’appartenance et d’attachement envers leur produit. Il serait temps de plutôt mettre de l’avant l’éducation en nutrition auprès de la population et pour ce faire, la création d’un environnement alimentaire sain est un passage incontournable, même si cela implique une séparation émotive avec vos personnages préférés… et une règlementation de l’état !

 

Questions

Êtes-vous en accord avec l’intervention de l’état dans nos vies et les règlementations gouvernementales faites autour de la cigarette* pour réduire un problème de santé publique tuant des centaines de milliers de gens et qui nous coûtent des milliards de dollars annuellement? Et qu’en est-il du sucre maintenant ?

(*Affichage et publicité limités, extra-taxes, restriction de son utilisation, etc.)

 

Prochain blog

On vous prépare une suite à ce billet! Le prochain s’intéressera à la réglementation proposée par le gouvernement, les statistiques associées à l’impact santé de la publicité chez les jeunes et à ce que contiennent réellement les aliments dont le visuel marketing vise les enfants. Des données pour le moins épeurantes!

 

1 À ce sujet, voir la chronique d’opinion de Mathieu Bock-Côté publié dans le Journal de Montréal et intitulée «Le gouvernement dans nos céréales» (5 octobre 2016) et celle, tout à son opposée, du Nutritionniste urbain «Nos supermarchés seront-ils bientôt débarrassés de Dora, Dory et Elsa?», (29 septembre 2016)

 

Isabelle Morin