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Débat sur la chaussure, Austin-Texas

Panélistes :

Simon Bartold : podiatre, Consultant pour ASICS International Research.

Force : excellent orateur, habitué de présenter devant une audience de détaillants de chaussures. Faiblesse : biaisé par sa position.

Blaise Dubois, physiothérapeute

Force : connaît bien l’ensemble de la littérature sur le sujet.

Faiblesse : présente la controverse dans un langage qu’il maîtrise mal (l’anglais) devant une audience de détaillants.

Daniel Crumback, physiothérapeute

Force : clinicien à l’avant garde qui amène toujours à la réflexion… fait le pont pratique entre la science et la réalité des détaillants de chaussures.

 

NB : L’objectif de ce rapport-ci n’est pas de démarrer une guerre d’égo, mais plutôt de clarifier l’essentiel de ce débat scientifique pour ne pas laisser une fois de plus les auditeurs dans l’ignorance.

 

Les points sur lesquels tous s’entendent

  • La cause des blessures en course à pied est relative à des facteurs d’entraînement bien avant la chaussure
  • Le corps est adaptable, il est unique et différent pour chaque individu
  • L’importance dans la vente de chaussures est la personnalisation… éviter le « one size fit all »
  • Les détaillants ont un rôle déterminant sur le consommateur par leurs compétences élaborées, non pas seulement en fitting, mais aussi en en tant qu’acteur de première ligne. Ils sont les mieux placés pour  donner des conseils relatifs à la santé, à la course à pied en général, à l’entraînement, à la prévention des blessures, …

 

Ce que nous avons appris de Simon

  • Simon a encore une fois réussi à faire croire à tous que sa compagnie était un leader de recherche en étant associée à plein d’universités…
  • Sans dire directement que la chaussure traditionnelle classique (nimbus… cumulus…) prévenait les blessures, il semblait convaincu que ces chaussures étaient meilleures pour (?)… des facteurs biomécaniques précis (mais non en lien avec les blessures)
  • Selon lui, c’est trop difficile de faire une étude directement sur les blessures, ce qui justifie l’absence de littérature de leur part sur le sujet. (Note : certains études en cours par chercheur indépendant sont présentement en cours à Boston, Afrique du sud et Québec... à suivre)

 

Les questions importantes pour Simon… auxquelles il n’a pas répondu

  • Est-ce que la personne qui débute un programme de course en Nimbus a plus ou moins de chance de se blesser que celle courant en Piranha ?
  • À partir de quel âge devrions-nous recommander des chaussures traditionnelles (Big bulky shoe)? Que met-on aux pieds de nos jeunes enfants ?

 

Résumé du débat

 

Blaise :

« Je connais bien Daniel et nous sommes presque sur la même longueur d’ondes relativement à la chaussure… Le débat était donc plus avec Simon. Nos idées sont dramatiquement opposées. Je pensais qu’il serait un bon débateur grâce à ses connaissances de la littérature… j’ai réalisé que c’était un excellent débateur qui argumente sans grandes évidences scientifiques. »

Simon a franchement gagné le débat. Il connaît bien la recette.

1. Valoriser l’auditoire et faire accepter avec humour le biais commercial important qui unit le conférencier

2. Discréditer les concurrents et ce qu’ils ont exposé

3. Justifier ses points avec une littérature scientifique parfois floue, complexe ou biaisée mais qui semble acceptable

4. Finir avec une phrase magique qui revalorise l’auditoire « it’s not true that one size fit all »

 

Blaise : 

«Simon a été d’un point de vue scientifique très malhonnête. Son discours n’aurait pas tenu 2 minutes devant une audience de scientifiques. Mais comme conférencier, il est très à l’aise et sait bien amener son point. Dommage qu’il ne parle pas français…  » 

En reprenant chacun des points que Blaise défendait lors du débat public de Montréal quelques mois auparavant, son exposé était construit sur : reprendre une citation de Blaise, mentionner que son« bullshit-o-meter » était dans le rouge et présenter un contre argument.

 

Blaise :

« Je suis bon joueur… son bullshit-o-meter était drôle… je me suis senti bien populaire d’être plus cité que l’ensemble des autres auteurs qu’il a mentionnés»  

Ses contre-arguments scientifiques, résumé en 7 articles, faisaient référence à des articles parfois non existants, souvent non pertinents et surtout toujours unique (l’exposition d’un seul article montrant son point quand 10 autres non exposés montrent le contraire)  

 

Blaise : 

« Les 7 articles cités dans son exposé étaient loin de la réalité de la littérature. On peut toujours trouver un article qui dit OUI et un autre qui dit NON. C’est important d’avoir un regard de l’ensemble de ce qui s’écrit. Par exemple, il a mentionné à plusieurs reprises l’étude de Clark-2011 (NB Clark travaille pour ASICS sports Medicine Research Fellow Centre for Health) pour montrer que les chaussures diminuaient la force d’impact… Une étude non existante sur les banques de données et montrant le contraire de 10 autres ! Ou celle de Kinchington cité comme preuve que la bonne sélection des chaussures prévient les blessures et est plus confortable… pour 40 joueurs de rugby… oui-oui, de rugby. Pour moi, c’est vraiment sous-estimer la capacité de réflexion et de discernement de l’audience. Autant il aura marqué des points durant sa conférence, autant il perdra sa crédibilité lorsque la conférence sera analysée. (un vidéo sera prochainement présenté et commenté) » 

Le plus comique de tout ça est qu’il a fini sa présentation en faisant un superbe pitch publicitaire. Il a présenté la technologie qui va prochainement sortir chez Asics, en mentionnant que ça respectait l’anatomie du pied, les axes de mouvement… bref une autre idée magique qui sera mise sur le marché sans aucune évidence scientifique en faisant croire que c’est la meilleure chaussure au monde et que la recherche et développement en arrière justifient son prix élevé…

 

Blaise 

« On se revoit en mars pour un débat en Australie… mon anglais ne sera pas meilleur mais l’audience plus variée et MON « bullshit-o-meter » allumé !» Lee Manuel Gagnon